Actualités du FESPAM
12e édition
Interview : Louis Ndione, ingénieur culturel, professeur de musique : Les artistes doivent s’unirent et identifier les plateformes répondant aux réalités locales
A l’occasion de la 12e édition du FESPAM, un symposium sur le thème « Musique et enjeux économiques en Afrique à l’ère du numérique » se déroule du 21 au 24 juillet 2025 au Palais des Congrès de Brazzaville. Cette rencontre rassemble plusieurs experts, tant du Congo que d’ailleurs, parmi lesquels Louis Ndione, ingénieur culturel, professeur de musique et chef de la délégation sénégalaise. Il nous a accordé une interview, le mardi 22 juillet 2025, au deuxième jour des travaux.
Comment protéger le droit d’auteur à l’ère du numérique en Afrique?
Louis Ndione : Vous posez là une question cruciale, à savoir comment protéger les droits d’auteur en Afrique à l’heure du numérique. Aujourd’hui, tout est bouleversé par les technologies numériques. Une œuvre peut rapidement être séparée de son créateur pour se retrouver exploitée par d’autres. Le droit d’auteur doit pourtant maintenir ce lien essentiel entre le créateur et sa création, entre le producteur et sa production, ou encore entre le diffuseur et son contenu. En Afrique, la mise en place de textes spécifiques encadrant le statut de l’artiste est une priorité. Il faut considérer l’artiste comme un véritable travailleur et lui offrir les mêmes protections juridiques qu’aux autres secteurs professionnels.
En outre, la création d’un cadre légal solide est indispensable. Bien qu’il soit complexe de garantir une telle protection face aux avancées technologiques comme l’intelligence artificielle, même en Europe, cela reste réalisable. Sans ces mesures, les artistes risquent de rester dans une situation où leur travail génère de la visibilité sans leur apporter de réels bénéfices financiers.
Face à l’augmentation du piratage dû au numérique, peut-on encore dire que les TIC sont porteuses d’espoir pour la musique africaine ?
Louis Ndione : Absolument, les technologies de l’information et de la communication sont bel et bien porteuses d’espoir pour la musique africaine. Elles offrent une chance unique aux musiciens qui n’étaient pas connus de se faire entendre au-delà des frontières. Les plateformes numériques permettent de diffuser des œuvres qui n’auraient peut-être jamais atteint leur public autrement. La monétisation est également une option prometteuse pour ceux qui savent maîtriser les outils numériques. C’est pourquoi il est essentiel que les artistes s’adaptent à cette nouvelle réalité et se forment pour en tirer profit.
Le financement du FESPAM repose presque exclusivement sur le gouvernement congolais. Pensez-vous que cela corresponde aux enjeux économiques de la filière musicale africaine à l’ère du numérique ?
Louis Ndione : Sur ce point, je constate que le FESPAM bénéficie également de soutiens comme ceux de l’Unesco ou de Canal+. Cependant, il serait souhaitable que davantage de partenaires s’impliquent dans cet événement phare, car le FESPAM est une institution africaine initiée par l’Union africaine. Pour aller plus loin, je lance un appel aux artistes africains : qu’ils s’unissent et identifient les plateformes répondant aux réalités locales afin de les développer. Cela leur permettra non seulement d’accroître leur visibilité mais aussi d’accéder pleinement à la monétisation et ainsi tirer davantage de bénéfices économiques de leurs œuvres dans ce contexte numérique.