Actualités du FESPAM

12e édition : Interview avec le Professeur Destiny Tchéhouali

A l'ère du numérique, des réformes et des cadres législatifs sont essentiels pour garantir une rémunération équitable des créations artistiques africaines.

Après six soirées de spectacles musicaux d’exception et quatre journées de réflexions approfondies sur l’industrie musicale africaine dans le contexte numérique lors d’un symposium, la 12e édition du Festival panafricain de musique (FESPAM) s’est achevée le samedi 26 juillet 2025. La cérémonie de clôture, placée sous le patronage du Président de la République Denis Sassou N’Guesso, s’est tenue au Palais des Congrès de Brazzaville. À cette occasion, nous avons eu le privilège de nous entretenir avec Destiny Tchéhouali, professeur agrégé en communication internationale au Département de Communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal. Interview !

Comment renforcer la protection des droits d’auteur et lutter efficacement contre le piratage en ligne ?

Professeur Destiny Tchéhouali : Aujourd’hui, la protection des droits d’auteur à l’ère numérique demeure un sujet central, particulièrement avec l’essor des plateformes de streaming qui captent une grande partie de la valeur générée par l’exploitation des œuvres musicales en ligne. Il est impératif d’appliquer des réformes aux cadres législatifs et réglementaires afin de garantir une rémunération juste pour nos artistes. Actuellement, environ 40 % des revenus tirés de la musique en ligne reviennent directement aux plateformes de streaming. Sur le reste, 60 % sont généralement reversés aux labels et majors, qui, suivant leurs contrats avec les artistes, redistribuent souvent des montants dérisoires. On cite fréquemment l’exemple selon lequel il faut atteindre près de 1000 écoutes sur une plateforme pour percevoir seulement 0,80 euro. Prenons le cas de l’artiste sénégalais Tam Sir : malgré ses 10 millions de vues sur son titre « Coup de marteau » sur YouTube, il n’a reçu que 911 euros, ce qui illustre une inégalité criante dans les mécanismes de rémunération.

En outre, à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), un autre enjeu majeur réside dans la reconnaissance et la valorisation des créations humaines. Avec l’apparition de musiques composées entièrement par IA, une concurrence pourrait naître entre ces œuvres et celles produites par des artistes humains. Pire encore, certaines plateformes pourraient opter pour privilégier les compositions générées par IA, afin d’éluder les paiements liés aux droits d’auteur. Cette situation serait préjudiciable pour les créateurs humains dont les œuvres risqueraient même d’être retirées des catalogues au profit de contenus automatisés. Il est donc impératif d’élaborer des cadres réglementaires et législatifs solides pour garantir non seulement l’équité dans la rémunération, mais aussi la pérennité et la valorisation des créations artistiques africaines.

Comment l’Afrique peut-elle capitaliser sur l’essor du marché mondial de la musique ?

Professeur Destiny Tchéhouali : L’Afrique occupe déjà une place notable sur la scène mondiale de l’industrie musicale, en générant des revenus conséquents et en bénéficiant d’une part de marché intéressante. Cependant, il reste essentiel de consolider les efforts en matière de production et de diffusion des musiques africaines. Le marché africain montre actuellement une forte concentration autour de quelques grandes puissances telles que l’Afrique du Sud ou le Nigeria. Il serait nécessaire de diversifier cette dynamique pour permettre à tous les pays du continent de tirer parti de ces avancées. Par ailleurs, un accent particulier doit être mis sur l’exportation des œuvres africaines via les plateformes numériques afin d’amplifier leur visibilité internationale et offrir une nouvelle vitalité économique au marché musical africain.

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